27 septembre 2007
Guillaume Weill Raynal, auteur de «Les nouveaux désinformateurs» , au Quotidien d'Oran Hommes d'influence, relais et balivernes
par
Entretien Réalisé Par Myriam Rayan
En France, ces dernières années - surtout depuis
l'Intifada II -, tout ce qui touche Israël, les juifs, l'Islam, les Arabes, les
banlieues... est devenu l'enjeu d'une véritable guerre sémantique. Des agents
d'influence ou des « clercs de service » travaillent à valider des thèses
inavouables. Dans son dernier livre « Les nouveaux désinformateurs » (éd.
Armand Colin), Guillaume Weill Raynal, avocat de formation, traque dans les
détails, et exemples à l'appui, la désinformation, et démasque ceux qui sont à l'œuvre
dans le paysage médiatique français. Entretien.
Le
Quotidien d'Oran: Votre nouvel essai «Les nouveaux désinformateurs» s'attaque à
un sujet compliqué et difficile, la désinformation. Comment naît-elle ? Quel
est son processus de fabrication ? Et pour servir quelle cause ?
Guillaume Weill Raynal: La désinformation n'est qu'une exploitation, théorisée
et mise en pratique sous forme systématisée, des ressources éternelles de la
mauvaise foi humaine d'un côté, de la crédulité de l'autre. Voilà pourquoi il
s'agit d'un phénomène difficile à cerner. Il recèle une part de spontanéité
(l'envie qu'ont les gens d'être trompés, de croire à des clichés), et une part
de manipulation qui consiste précisément, pour un petit nombre de personnes, à
exploiter cette envie. C'est ce mélange qui rend l'analyse et la critique de la
désinformation si difficiles. Il n'y a pas de «cabinet noir» avec des gens qui
appuient sur un bouton, et hop, l'opinion est manipulée. C'est beaucoup plus
subtil. Mais il y a effectivement de véritables campagnes de manipulation,
pensées, construites et mises en œuvre, où chaque instrument, comme dans un
orchestre, joue sa partition. Si vous me permettez cette métaphore, la flûte et
le triangle peuvent y avoir autant d'utilité que la grosse caisse ou les
cymbales.
Volkoff le disait déjà il y a vingt ans: la désinformation n'est rien d'autre,
en définitive, que l'application à la communication politique des techniques du
marketing et de la publicité. Lorsque l'on sait, par exemple, que les thèmes de
la campagne électorale de Sarkozy ont été définis lors de réunions de groupes
«qualitatifs», calqués sur le modèle des réunions de consommateurs, je ne pense
pas qu'évoquer la place grandissante que prend la désinformation dans une
société de masse relève d'une vision du monde paranoïaque ou conspirationniste.
Elle peut être mise au service de n'importe quelle cause. Il est impossible
d'en décrire les processus de fabrication en quelques lignes. Une étude
sommaire de ces processus couvre déjà un chapitre de mon livre. Pour faire
court: le principe est toujours le même. Détourner l'attention, par le biais de
l'émotion, des vrais enjeux au profit d'enjeux totalement artificiels. Faire
réagir l'opinion aux problèmes de la planète comme s'il s'agissait d'un
téléfilm sentimental et manichéen. Il y a une dizaine d'années, un film
extraordinaire «Des hommes d'influence», avec Robert de Niro et Dustin Hofmann,
mettait en scène ce type d'opérations avec un réalisme saisissant.
Q.O.:
Comment expliquez-vous que la lutte contre l'antisémitisme soit instrumentalisé
e, détournée à ce point en France ?
GWR: C'est une question que j'ai longuement étudiée dans mon premier livre «Une
haine imaginaire», puis dans le deuxième, «Les nouveaux désinformateurs» . Je
suis en train de préparer un troisième livre sur le sujet... Disons que la
«question juive» hante l'imaginaire occidental. On ne raye pas d'un trait de
plume 2000 ans de judéo-christianisme, jalonnés par l'antisémitisme et dont la Shoah
Q.O.:
Sans pour autant céder à la vision conspirationnisme, qui sert souvent d'alibi,
de nombreux intellectuels juifs et parfois non-juifs - Alain Finkielkraut,
Jacques Tarnero, Pierre-André Taguieff et d'autres - participent massivement à
valider les arguments sur cette question. Quelle est votre analyse de ce point
de vue ?
GWR: C'est l'un des points que j'avais analysés dans «Une haine imaginaire».
Tous ces intellectuels se contentent d'idées toutes faites, maquillées avec de
jolis concepts sociologico- philosophiques, et négligent complètement l'examen
de la réalité. C'est ainsi qu'entre 2002 et 2005, ils se sont mutuellement
cités en boucle pour répéter inlassablement la même affirmation selon laquelle,
en France, une déferlante de haine médiatique avait diabolisé, nazifié, Israël
et les Juifs. Le problème est qu'aucun d'entre eux n'a jamais cité le moindre
exemple précis de ce qu'ils avançaient. J'ai moi-même cité de très nombreux
contre-exemples qui ruinaient totalement leurs thèses. Le rôle de ces
intellectuels est particulièrement intéressant car ils constituent ce qu'on
appelle, en termes de désinformation, la «caisse de résonance»: en tant que
«relais», ils sont à la fois désinformateurs et désinformés. Ils ne sont pas
forcément de mauvaise foi car ils partagent avec leur public le besoin de
croire à des balivernes. Le problème est qu'ils jouissent sur le plan moral et
intellectuel d'un tel prestige que leur public les croit sur parole. C'est la
«nouvelle trahison des clercs».
Q.O.: La frange la plus militante de la
communauté juive et ses dirigeants, «travaillés» par des idées
néoconservatrices venues notamment d'Amérique, tentent de reproduire en France
le modèle d'organisation des juifs US. Tous ceux qui critiquent Israël sont
taxés d'antisémites. Comment décryptez-vous cette réalité ?
GWR: J'ai souligné dans «Les nouveaux désinformateurs» comment fonctionnait le
«couplage» du thème de l'antisémitisme et de celui de l'antiaméricanisme. La
formule n'est pas de moi mais de... Pierre-André Taguieff. Il utilise,
précisément, ce couplage (là où je montre comment fonctionne son
instrumentalisation , c'est ce qui nous distingue, lui et moi) pour soutenir l'idée
que s'opposer à la guerre en Irak ou faire remarquer que George Bush n'est pas
un génie relèverait peu ou prou d'une démarche antisémite. Cette idée grotesque
a été à nouveau exploitée en France, lors des présidentielles. Il s'est trouvé
des gens très sérieux pour soutenir que l'anti-sarkozysme était une forme
d'antisémitisme ! Alain Finkielkraut s'est même livré à une démonstration
particulièrement tordue pour expliquer que ce qu'il nomme la «passion
égalitaire» du Parti socialiste s'apparentait à ce que Benny Levy appelait le
«meurtre du pasteur», c'est-à-dire le refus de la loi sinaïtique... Comme
disait le sapeur Camembert, quand les bornes sont franchies, il n'y a pas de
limites.
Q.O.:
Allons plus loin dans l'explication. Dans votre livre vous vous attardez
longuement sur le cas du journaliste d'Arte, Daniel Leconte, qui serait, selon
vous, un «agent d'influence». Comment fonctionne le «système Leconte» ?
GWR: Vladimir Volkoff avait écrit, en 1981, Le Montage, un roman un peu oublié
aujourd'hui (mais qui avait eu le Grand Prix du roman de l'Académie française)
consacré à la désinformation soviétique qui sévissait alors en France et en
Europe de l'Ouest. On sait que cette fiction avait été nourrie par une
documentation très sérieuse sur les agents d'influence que la DGSE
Q.O.:
La critique de l'islamisme et de l'islamo-gauchisme vise de plus en plus
clairement l'Islam et les musulmans en France. L'hebdomadaire «Charlie-Hebdo» ,
à travers Philippe Val, son directeur, incarne cette tendance (Caroline Fourest
et d'autres) ? Comment expliquez-vous que l'islamophobie soit escamotée à ce
degré ?
GWR: C'est une dérive qui ressemble en de nombreux points à l'évolution des
néoconservateurs américains. A l'origine, ces gens étaient issus de la gauche
américaine. Ils luttaient avec un souci louable contre la tendance que peuvent
avoir les démocraties à se «coucher» devant les totalitarismes. Difficile, au
départ, de ne pas être d'accord avec ces thèses. Mais partant du syndrome de
Munich, on a progressivement glissé vers la thèse du choc des civilisations. Je
partage avec Val et Fourest les valeurs de liberté et de laïcité. C'est très
facile de lutter contre l'obscurantisme et les «barbus». Tout le monde est
d'accord. Là où je ne peux pas les suivre, c'est lorsqu'ils tirent prétexte de
l'affaire des caricatures de Mahomet qui était de toute évidence une
provocation pour faire croire que les grincements de dents, fort modérés
d'ailleurs, que cette affaire a suscités chez les Français musulmans seraient
une menace pour le monde libre ! Depuis quand la liberté d'expression est-elle
à sens unique ? Lorsqu'on provoque les gens sur un sujet sensible, il faut les
laisser s'exprimer, que leur réaction soit juste ou pas.
Val, Fourest (et BHL, et Finkielkraut) ont aussi apporté un soutien
enthousiaste à Robert Redeker. Ils nous ont fait croire que ce monsieur n'avait
fait que «critiquer l'islam» alors qu'il avait tenu des propos racistes
caractérisés. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Et inversement, ils ont
réussi à faire croire à un très large public et à de nombreux intellectuels que
ceux qui «critiquaient» Redeker étaient des ennemis de la liberté d'expression.
C'est vraiment le monde à l'envers !
Q.O.:
Comment êtes-vous perçu par la communauté juive en France: vous êtes celui qui
pratique «la haine de soi» ou celui qui a trahi ? Pourquoi êtes-vous engagé
dans cette exigence de la vérité ?
GWR: La communauté juive s'est abstenue de tout commentaire sur mes livres à
l'exception d'un article que me consacre... un psychiatre dans un ouvrage
collectif dirigé par le sociologue Schmuel Trigano. Cet ouvrage s'intitule les
«Alter Juifs» et dès les premières lignes, il est indiqué que ceux qui se
définissent comme tels sont en réalité des «Anti Juifs». Pour ma part, je ne me
suis jamais défini ni comme Alter ni comme Anti. Je suis juif, un point c'est
tout. Et je n'ai pas de leçon à recevoir de ceux qui se sont arrogé le droit de
distribuer les bons et les mauvais points et qui surtout se refusent à accepter
le moindre débat sur le fond.
Je m'interroge d'ailleurs sur la déontologie d'un psychiatre des hôpitaux qui,
dans un ouvrage public, porte un diagnostic sur celui dont la «maladie» serait
d'exprimer des idées non majoritaires dans sa communauté. Ce médecin aurait
certainement fait une brillante carrière en Union soviétique. Quant à mon souci
de vérité, n'y voyez aucune forfanterie de ma part. Certains qualifient ma
démarche de «courageuse» alors que j'ai été surtout très naïf. J'ai toujours eu
le goût de la discussion et je pensais qu'il en allait de même de la part de ma
communauté et de ma famille. Je pensais simplement que j'allais contribuer à
nourrir un débat qui passionne tout le monde. Je ne m'attendais absolument pas
à cette chape de plomb. Certains membres de ma famille m'ont dit que toute
discussion avec moi serait «stérile et épuisante». Je suis tombé de haut...
http://www.lequotid
ien-oran. com/?news= 505705
13 août 2007
ACHILLE MBEMBE DECRYPTE NICOLAS SARKOZY: “L’Afrique de Nicolas Sarkozy”.
Discours de Sarkozy à Dakar: Odieux, indécent et à la limite du vraisemblable
Il
y a quelques jours, et en réponse au discours controversé prononcé par
Nicolas Sarkozy, chef d’Etat français à l’université Cheikh Anta Diop
de Dakar (Sénégal), nous publiions un texte d’Achille Mbembe, “L’Afrique de Nicolas Sarkozy”.
Ce texte a été très largement diffusé en Afrique francophone et en
Europe. Repris par plusieurs organes de presse et dans les médias
alternatifs, il a suscité de vigoureux débats sur plusieurs sites
internet. Il a également donné lieu à de nombreuses réactions et
nouvelles interrogations qui obligent son auteur à préciser sa pensée –
ce qu’il a aimablement accepté de faire dans la note qui suit.
L’on veut savoir pourquoi, à mes
yeux, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar est odieux, indécent, et à
la limite du vraisemblable.
Il est répugnant pour quatre raisons.
Il y a d’abord la volonté, plusieurs fois suggérée par Nicolas Sarkozy
lors de la récente campagne électorale, d’instrumentaliser l’histoire
de France ou en tout cas de rallier les Français à une vision factice
et agressive du signifiant national. Pour le néo-conservatisme
français, la manipulation de l’histoire nationale passe par trois voies
: la récupération de certaines figures emblématiques de la gauche
(Jaurès, Blum, Moquet), le procès intenté à la culture et à la pensée
dite de “Mai 68”, et pour ce qui nous concerne directement, la réhabilitation du
colonialisme (qui va de pair avec la persécution des étrangers dans l’Hexagone).
Indulgence pour les larrons
Ce dernier est désormais présenté non comme le crime qu’il fut du début
(guerres de conquête) jusqu’à la fin (les luttes pour l’indépendance et
la décolonisation), mais comme une simple “faute” qu’il faudrait passer
par pertes et profits. Pis, la nouvelle légende veut que la
colonisation ait été une entreprise bénévole et humanitaire. Prostrés
dans la haine de soi et de la France, voire dans l’ingratitude, les
ex-colonisés, nous dit-on, seraient malheureusement incapables d’en
apprécier en dernière instance les bienfaits puisque, abandonnés à
eux-mêmes, ils n’auraient jamais trouvé la voie du progrès et de la
liberté.
À ce
projet révisionniste s’ajoute, au nom du refus de la repentance, la
disqualification de tout regard critique sur le système colonial et le
déni de toute responsabilité quant aux horribles crimes et atrocités de
l’époque. Je conviens que le contenu de l’histoire (y compris
l’histoire de la colonisation) ne saurait se résumer aux massacres.
Ceci dit, l’on ne peut pas faire comme si la conscience de soi était
une chose, et la conscience de l’injustice ou du dommage causé à autrui
une autre que l’on peut aisément séparer de notre conscience d’homme.
On l’a vu lors de la campagne électorale en France et, plus récemment
encore à Dakar. Chaque fois, le procédé est le même. On commence par
dénoncer et par stigmatiser ceux et celles qui “rougissent de l’histoire de la France” ou la “noircissent” - les “adeptes de la repentance”.
Puis, au nom de la fierté nationale, de l’amour pour la patrie, de la
sincérité et de la bonne foi, on enchaîne par une exaltation en bonne
et due forme des colons. On veut nous faire croire que d’aussi humbles
serviteurs de la mission civilisatrice n’auraient gagné leur vie qu’en
toute honnêteté. Colonisant en toute innocence, ils n’auraient jamais
exploité personne. Au demeurant, ils n’avaient pour dessein que de “
donner l’amour ” à des peuplades asservies par des siècles
d’obscurantisme et de superstitions. Injustice de l’histoire, ils
n’ont, en fin de compte, récolté que la haine et le mépris de ceux au
salut desquels ils sacrifièrent pourtant tout.
Pour Nicolas Sarkozy et les siens, les pertes subies par les colons
français pèsent plus lourds à la bourse de la mémoire que les ravages
et les destructions subis par ceux qui, au prix de mille privations,
d’incessantes humiliations et, parfois, de leurs vies, mirent un terme
à cette nuit de la souffrance humaine que fut la colonisation. Car,
dans la théologie politique des néo-conservateurs français,
l’indulgence pour les larrons doit toujours l’emporter sur la pitié
pour les crucifiés.
Amitiés perfides
La deuxième raison de ma stupéfaction est l’insolence, et surtout
l’arrogance et la brutalité qu’autorise une telle volonté de
méconnaissance. Pour noyer la vérité et jeter la poudre aux yeux de
ceux qui sont distraits, l’on recourt au “raisonnement par les bons sentiments” dont Françoise Vergès (Abolir l’esclavage. Les ambiguités d’une politique humanitaire) a démontré, il n’y
a pas longtemps, la perversité.
En effet, ce discours incohérent (la faute oui, la repentance non) et
vermoulu, mais à la nuque raide - telle est bien la marque déposée du
nouveau conservatisme français. Il se trouve que chez Nicolas Sarkozy
en particulier, ce conservatisme prend de plus en plus des allures
truculentes, à la manière du trop bandant de nos satrapes tropicaux,
comme en témoigne d’ailleurs son penchant pour le maniement de
l’invective sous les oripeaux de l’exhortation, le tout assaisonné
d’imprécations et de déclarations à l’emporte-pièce – le pur épuisement
qui naît d’un vide fondamental.
Car, ce que notre négrophile donneur
de leçons cherche à camoufler derrière les formules convenues telles
que la sincérité ou encore la vérité, c’est avant tout une insoutenable
dose de mauvaise foi que l’on veut faire passer pour de la générosité
et de la franchise. L’amitié dont il se réclame à tue-tête ne porte pas
seulement au flanc la blessure d’une flèche perfide. Et le nouveau chef
de l’État ne cherche pas seulement à manipuler l’histoire de France. Il
veut aussi falsifier la nôtre et les significations humaines dont cette
dernière est porteuse. Ce faisant, et par on ne sait quel pouvoir, il
s’autorise de parler de l’Afrique et des Africains à la manière du
maître qui a pris la mauvaise habitude de maltraiter son esclave et
d’avilir sa chose, et qui ne parvient pas à se déprendre d’attitudes
héritées d’un sinistre passé dont nous ne voulons plus.
Colo-nostalgie
Puis il y a la fourberie. L’on prétend s’adresser à l’élite africaine.
En réalité, l’on ne cesse de faire des clins d’œil à la frange la plus
obscurantiste de l’électorat français - l’extrême-droite, les
colo-nostalgiques, tous ceux-là qui, rongés par la mélancolie
postcoloniale, pensent que quatre ou cinq millions d’immigrés et de
citoyens français d’origine noire et arabe dans un pays de plus de
cinquante-cinq millions d’âmes menacent l’identité française.
Plus grave encore, ce n’est pas comme si le président Sarkozy était
dans l’attente d’une réponse de notre part. Car il y a plus de vingt
ans déjà que Jean-Marc Éla (L’Afrique des villages) a écrit le plus
beau livre sur l’inventivité des paysans africains. Auparavant, Cheikh
Anta Diop, Théophile Obenga, Joseph Ki-Zerbo, Abdoulaye Bathily,
Bethuel Ogot, Ade Ajayi, Adu Boahen, Joseph Inikori, Toyin Falola,
Kwame Arhin et des dizaines d’autres avaient mis en place les
fondations d’une historiographie africaine solide et documentée.
Celle-ci établit, entre autres comment, de tous temps, l’Afrique a fait
partie du monde, y a joué activement son rôle et a contribué ce faisant
au développement des techniques, du commerce et de la vie de l’esprit.
Aux yeux de notre nouvel ami, tout cela ne compte guère. Et pour cause.
Il ne s’adresse pas à nous comme dans un rapport de face-à-face où nous
compterions comme interlocuteurs. En fait, il ne regarde ni ne voit
notre visage. Chez lui, “l’homme noir” est un être abstrait, doté d’une “âme”
certes, mais sans visage, puisque plongé dans les ténèbres de
l’innommé. Quand il prétend dialoguer avec nous, ce n’est pas dans le
cadre d’un rapport moral d’égalité et, par conséquent, de justice.
C’est dans le registre de la volonté de puissance - un je-ne-sais-quoi
de narcissique et d’autant plus triomphaliste qu’il est marqué du sceau
de l’ignorance volontaire et assumée.
L’insolence de l’ignorance
La troisième raison de mon incrédulité est la vision éculée que le
nouveau chef d’état français a choisie, désormais, de véhiculer de
l’Afrique et des Africains. Comme je l’indiquais dans un texte
précédent, cette vision se situe en droite ligne de la dogmatique
raciste du XIXe siècle.
Le président puise à pleines mains dans cette fange, sans la moindre
distance ni ironie. Il répète des pages entières des élucubrations de
Hegel, Lévy-Bruhl, Leo Frobenius, Placide Tempels et autres inventeurs
de “ l’âme africaine ”, construisant au passage sa “vérité” avec les copeaux de l’ethnophilosophie d’hier, comme d’autres avant lui s’investissaient dans
l’ethnozoologie, dans l’espoir de mettre à nu “ l’essence foncièrement animale du nègre ”.
Mais sait-il seulement que l’étroitesse d’esprit caractéristique du
racisme colonial – ce terrorisme avant la lettre – a fait l’objet d’une
critique soutenue par les intellectuels africains eux-mêmes depuis la
deuxième moitié du XIXe siècle ? Sait-il seulement que respecter l’ami,
c’est aussi se référer honnêtement à ses opinions ?
Or, il existe bien une longue tradition de critique interne des
sociétés et des cultures africaines qui aurait pu aider notre
théoricien à développer un argument un tant soit peu vraisemblable.
Encore aurait-il fallu qu’il commence par enlever la poutre logée dans
ses yeux avant de se préoccuper de celle qui encombre l’oeil du voisin.
De ce point de vue, des roitelets nègres ont en effet pris part à la
Traite des esclaves, comme aujourd’hui le cartel des satrapes – dont la
plupart bénéficient du soutien actif de la France - qui participent à
la destruction de leurs propres peuples. Mais que dire donc de la
collaboration française sous l’occupation nazie ? Que dire du régime de
Vichy dont la chute eût été impossible sans la contribution décisive
des gens d’origine africaine (comme le montre l’historien Siba
Grovogui, Beyond Eurocentrism and Anarchy. Memories of International
Order and Institutions), mais dont on copie et reproduit aujourd’hui
les méthodes de classification et de discrimination des personnes par
le biais du ministère de l’identité et de l’immigration ?
Comment se fait-il que celui qui, en France, promeut un type de
relation entre l’identitaire et l’État si proche de l’idéologie de
Vichy et qui ne résiste pas à la tentation de mobilisation de formes de
xénophobie anti-arabe et africaine soit le même qui vienne nous
administrer des leçons d’universalisme dans l’enceinte d’une université
dédiée à un authentique patriote africain ?
Pour être logique avec soi-même, pourquoi ne
va-t-on pas dire aux Israéliens que, quant au fond, les soutiers du
nazisme n’étaient, comme nos colons d’hier, que de pauvres innocents,
des gens honnêtes qui ne voulaient que le bien des Juifs ? Pourquoi ne
va-t-on pas dire à Nelson Mandela que, quant au fond, les tortionnaires
et bénéficiaires du dernier État raciste au monde – l’État d’apartheid
en Afrique du Sud – ne voulaient que son bien ?
On le voit bien, ce petit jeu du révisionnisme est moralement
répugnant. Et Césaire l’avait bien compris, qui dans son Discours sur
le colonialisme, dénonçait déjà, en 1952, “les
voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la
carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un
bon massacre d’Annamites”.
Une tradition critique
Dans la pensée africaine de langue française, Frantz Fanon (Peau noire,
masque blanc) est sans doute celui qui a fait la déconstruction la plus
convaincante de la sottise raciste tout en proposant les linéaments
d’une humanité fraternelle.
De W.E.B. Dubois à C.L.R. James en passant par Martin Luther King et
Nelson Mandela, de Stuart Hall à Paul Gilroy, Fabien Éboussi Boulaga et
tous les autres, le meilleur de la pensée noire a toujours été rendu
sous la forme du rêve d’un nouvel humanisme, d’une renaissance du monde
par-delà la race, d’une polis universelle où est reconnu à tous le
droit d’hériter du monde dans son ensemble. L’Afrique dont ils se
réclament – ce mot et ce nom – est une multiplicité vivante qui, à
l’instar du mot “Juif”, est lié, dès les origines, au futur de l’universel.
Au cœur de cette pensée, les questions de mémoire sont d’abord des
questions de responsabilité devant soi et devant un héritage. Dans
cette pensée, on ne devient vraiment “ homme ” que dans la mesure où
l’on est capable de répondre de ce dont on n’est pas l’auteur direct,
de celui ou de celle avec qui on n’a, apparemment, rien en partage –
l’assignation à la responsabilité. C’est à cause de cette assignation
principielle à la responsabilité que notre tradition critique s’oppose
fondamentalement à l’antihumanisme et la politique du nihilisme qui
caractérise le néo-conservatisme à la française.
Nicolas Sarkozy
se prévaut de Senghor pour accréditer des thèses irrecevables parce
qu’historiquement fausses et moralement corrompues, marquées comme
elles le sont par le pesant d’antihumanisme qui, toujours, loge au fond
de toute idéologie raciste.
D’abord, il fait semblant d’oublier qu’au moment où Césaire, Senghor et
les autres lancent le mouvement de la négritude, l’humanité des Noirs
est contestée. Les Noirs, à l’époque, ne constituent pas seulement une
race opprimée. Comme les Juifs, il n’y a, alors, pratiquement pas un
seul endroit au monde où ils jouissent de paix, de repos et de dignité.
La lutte, à l’époque, est littéralement une lutte pour l’affirmation du
droit à l’existence.
Cette dimension insurrectionnelle de la critique culturelle, on ne la
retrouve pas seulement chez les penseurs africains. Elle est également
présente chez les penseurs afro-américains et de la diaspora,
descendants d’esclaves et survivants des temps de la captivité dans les
plantations du Nouveau Monde. La gommer aujourd’hui pour ne retenir que
la poétique du royaume de l’enfance, du merveilleux et des forêts qui
chantent relève de la falsification. D’autre part, il est vrai que
quand on se bat pour affirmer son droit d’exister, on a tendance à
recourir à des figures de style fixes et binaires, à des raccourcis
peut-être mobilisateurs, mais sans doute un peu courts sur la longue
durée. Senghor en particulier ne s’en priva guère qui, s’inscrivant
dans la continuité des vocabulaires les plus racistes de son époque,
déclara que l’émotion est nègre comme la raison est hellène. Encore
ouvre-t-il la voie à un dépassement de la race et à la possibilité
d’une réconciliation des mondes, comme on peut le lire dans ses Chants
d’ombre.
Sarkozy oublie par ailleurs qu’aux yeux de nombreux intellectuels
africains, le même Senghor est demeuré une figure polémique. Poète
chanté et reconnu, l’essentiel de sa réflexion philosophique a été
largement réfuté. Comme l’ont bien montré la génération de Marcien Towa
(Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude ?) et de Stanislas
Adotevi (Négritude et négrologues), ce dernier ne concevait pas
seulement la culture comme quelque chose de biologique et d’inné. Pour
bien des penseurs africains anglophones, Senghor se contenta, tout au
long de sa carrière, de faire la politique de la France en Afrique. Ils
estiment, à tort ou à raison, qu’au panthéon des héros africains, c’est
ce qui le distingue de Kwame Nkrumah (Africa Must Unite), Amilcar
Cabral (Unity and Struggle), Cheikh Anta Diop (Nations nègres et
culture) ou encore Nelson Mandela (Long Walk to Freedom).
Plus près de nous, la pensée contemporaine d’origine africaine n’a
cessé de démontrer que s’il existe bel et bien une existence locale,
des catégories vides de sens telles que “l’âme
africaine” ne sauraient en rendre compte.
Paul Gilroy (The Black Atlantic), Édouard Glissant (Poétique de la
relation), Maryse Condé, Françoise Vergès, Raphael Confiant et bien
d’autres ont largement fait valoir qu’il n’y a pas d’identité fixe.
Pour l’ensemble du nouveau roman africain de langue française, d’Alain
Mabanckou à Efoui Kossi en passant par Abdurahman Waberi, Ken Bugul,
Véronique Tadjo, Samy Tchak, Patrice Nganang et les autres, les
identités ne peuvent être que des identités de relation et non de
racines. Le cinéma africain, de Sembène Ousmane à Basseck ba Kobhio,
tout comme la musique africaine n’ont cessé de montrer que l’identité
fixe est source de mort culturelle ; ou encore que le présent et le
futur seront nécessairement hybrides. Dans le domaine des arts et de
l’esthétique, la problématique de la différence est battue en brèche,
comme en témoigne la récente Exposition internationale “ Africa Remix ”
de Simon Njami (voir Africa Remix. Contemporary Art of a Continent).
D’autre part, l’ethnophilosophie, dans
laquelle puise abondamment Nicolas Sarkozy, a fait l’objet d’une
vigoureuse critique. Paulin Hountondji (Sur la philosophie africaine),
Valentin Mudimbe (The Invention of Africa) et Fabien Éboussi Boulaga
(La crise du Muntu) en particulier n’ont cessé de dénoncer la sorte
d’identitarisme qui ne s’obtient qu’en érigeant en trait exclusif les
multiples appartenances dont nous sommes les héritiers.
A la suite du philosophe ghanéen Anthony Appiah (In My Father’s House),
j’ai moi-même sévèrement critiqué l’idéologie victimaire (De la
postcolonie) tout en proposant le concept d’“afropolitanisme” comme antidote à la négritude et au
nativisme. Au demeurant, qui ignore encore aujourd’hui que le recours à
des poncifs tels que “ l’âme noire ” ou l’“ authenticité africaine ”
sont, avant tout, des manières pour les régimes corrompus et leurs
élites politiques et intellectuelles de se prévaloir de la différence
dans l’espoir de légitimer leur brutalité et leur vénalité ? N’est-il
pas vrai, par ailleurs, qu’à cet esprit de la vénalité “ coopèrent ”
sans vergogne et depuis la décolonisation bien des réseaux français
qui, pour l’occasion, ne s’embarrassent guère de la couleur de la peau
?
Par
ailleurs, beaucoup d’entre nous, de Frantz Fanon à Françoise Vergès (La
république coloniale), avons toujours dit que la repentance et la
réparation produisent des victimes. La vulgate de la repentance
perpétue l’image de l’autre comme corps non parlant, comme corps sans
énergie ni vie. Et cela, ce n’est pas nous. Car nous ne sommes pas
seulement des victimes de notre propre drame. Nous en sommes également
des acteurs et des témoins.
Pouvoir de nuisance
Plus que jamais, les relations entre la France et l’Afrique seront des
liens consciemment voulus et non plus imposés. À leur fondement se
trouveront des valeurs morales et éthiques, ou alors ce ne seront pas
des liens du tout – un simple pouvoir de nuisance.
Si la France persiste dans son autisme, c’est-à-dire son refus de
comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec
l’Afrique, alors nous ne l’écouterons point. Pour l’heure, le projet
néo-conservateur français pour l’Afrique tel qu’énoncé par Nicolas
Sarkozy à Dakar n’est pas une invitation à bâtir une société humaine,
un langage commun, encore moins un monde commun. Parce qu’il se
contente de reproduire les sottises qui divisent, ce projet n’est pas
une invitation à faire ensemble l’expérience de la liberté.
Voilà pourquoi il faut s’y opposer dès maintenant, sans crainte, mais
avec courage, intelligence et fermeté. Parce que si on laisse faire, le
prix à payer sera, mine de rien, très élevé pour les Africains.
Achille Mbembe in Le Messager, le 10 août 2007
05 août 2007
Pourquoi l’occident diabolise Mugabe ?: Zimbabwe, Témoignage de l’ancien Président de Zambie

Voila le genre de lecture qui devrait occuper l'esprit de la camerouno-française auto proclamée leader des noirs comme nombreux de ces escrocs qui circulent dans la capitale française: Calixte Beyala. Celle qui, dans une "morbiderie " qui frise la maladie a écrit tout et n'importe quoi sur le Zimbabwe, en publiant son torchon intitulé "La plantation", dans l'unique but de satisfaire le "blanc" dont elle raffole au point de découvrir le ciel, aurait tout à gagner en étoffant sa culture visiblement nulle. Dommage que je sois à lui faire de la pub en parlant de sa niaiserie ici, mais vaut mieux être au courant que c'est une production nulle, c'est du lècheculisme.
MATUMBA.
Pourquoi l’occident
diabolise Mugabe ?: Zimbabwe, Témoignage de l’ancien Président de Zambie
Paris, le 4 aout 2007
Zimbabwe, Témoignage de
l’ancien Président de Zambie.
Pourquoi Mugabe est diabolisé par l’Occident ?
Dans un article de la BBC [1] datée du 12 juin 2007, Kenneth Kaunda, ancien
Président de Zambie, rappelle certaines responsabilités, trop souvent oubliées,
de la Grande Bretagne
dans la situation actuelle au Zimbabwe. Kenneth Kaunda était présent lors de la
rencontre de Lancaster House sur invitation de la "dame de fer",
Margaret Thatcher.
Sous l’accord de Lancaster
House de 1979, des garanties économiques et politiques sont octroyées à la
minorité blanche pour une période de 10 ans : toute expropriation de fermiers
blancs et nationalisation généralisée est exclue. Un quota de députés et
sénateur Blancs est maintenu jusqu’en 1994. Les Blancs, soit 1% de la
population, continuent alors de posséder plus de 70% des terres fertiles et le
gouvernement britannique s’engage à rémunérer les fermiers blancs qui
passeraient la main aux Noirs.
Et oui, comme à chaque fois,
le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste est et doit être dédommagé, sinon la
victime ne pourra "malheureusement" pas récupérer la terre qu’on lui
a volée, et il doit garder son calme ;
Peut-être que certains considèrent que Dieu n’a pas promis cette terre aux
Noirs de Zimbabwe et que Dieu le leur offrait, à eux.
L’accord de Lancaster House
proclame une amnistie générale qui empêche toute poursuite en Grande-Bretagne
pour des actes commis sous le régime raciste de l’ex-Rhodésie entre le 11
novembre 1965 et le 12 décembre 1979 : les criminels racistes peuvent
ainsi quitter le pays et se mettre à l’abri en Grande Bretagne.
Il convient ici de se rappeler que juste avant la proclamation de
l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980, une amnistie fut proclamée pour
tous les crimes de sang commis avant le 1er mars 1980 ; c’est-à-dire
amnistie pour tous les crimes commis jusqu’à l’élection de Mugabe.
Alors quand le gouvernement
britannique a montré qu’il n’en avait cure des Zimbabwéens et de leur problème
de terre, la patience du gouvernement de Mugabe qui avait attendu pendant plus
de 10 ans a atteint ses limites. Le mépris colonial et raciste ne pouvait continuer
à s’imposer avec pareille condescendance dans un pays libéré.
Pourtant le gouvernement britannique reconnaissait lui-même, et encore
aujourd’hui, que le problème de terres était essentiel au Zimbabwe. Et cela ne
l’empêche pas de dire avec insistance, dans "son approche de la réforme
agraire" [2], que l’accord n’avait ni défini ni prévu un
fonds spécifique pour traiter ce problème pourtant central. Est-ce de
l’incompétence ou de la préméditation ?
Mais, comme nous le montre la
longue histoire colonio-esclavagiste, quiconque ose s’affranchir de la
domination coloniale, la bête
tentera de lui coller son sceau sur le front.
Ainsi par exemple Haïti qui ne finit pas de payer sa Révolution.
[1] http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/6728015.stm
[2] http://www.fco.gov.uk/servlet/Front ?pagename=OpenMarket/Xcelerate/ShowPage&c=Page&cid=1019745050212
Source: THOTEP
HALTE AUX AFRICANERIES
Haltes
aux "africaneries"!
L'essentiel de cette
critique porte sur l’attitude des chefs d’Etat africains qui endorment une
bonne partie de leurs populations par ce genre de manifestations. Car ces
dernières couvrent de déshonneur la diplomatie africaine. Peut-on traiter les
pays africains sans condescendance dès lors que ceux-ci offrent le spectacle
affligeant d’Etats réduits à chanter les louanges de chefs d’Etat étrangers
dans l’espoir secret d’être payés de retour par un supplément de considération
?
Le président français, Nicolas Sarkozy, en appelait avant son élection à une
redéfinition des grands axes de la politique française en Afrique. Dans son
livre publié en 2006 sous le titre Témoignage, il consacre un chapitre à
l’Afrique qu’il intitule «La priorité africaine». Voici ce qu’il y écrit : «Respecter
les Africains, c’est d’abord leur dire la vérité, leur parler franchement, les
considérer comme des interlocuteurs lucides. Il convient notamment d’arrêter de
les exonérer de toute responsabilité dans le retard de développement de leur
continent. Faire reposer l’échec africain sur les seules conséquences de la
colonisation est contraire à la réalité. […] Il faut tourner le dos à la
politique des «réseaux», ces fameux réseaux qui prétendent aimer l’Afrique et
qui ne font qu’exploiter ses richesses et utiliser ses travers. Corrompus,
corrupteurs, falsificateurs, ils se sont appuyés sur une prévarication qu’ils
ont nourrie et dont ils se sont repus. C’est une image détestable de l’Afrique
et de la France.».
Que s’est-il donc passé depuis son élection pour que les voyages en Afrique des
membres du gouvernement ou du président lui-même donnent une impression de
déjà-vu ? Les fameux réseaux auraient-ils eu raison de la volonté de changement
du président Sarkozy ? En voyant les foules de Sénégalais et de Gabonais
massées sur son passage, je me suis demandé où était la différence par rapport
au passé. Où est la rupture annoncée lorsque des femmes continuent comme
auparavant d’esquisser des pas de danse en scandant le nom du président
français dans des chansons qui sonnent à mes oreilles comme des injures à la
musique africaine ! On pourra parler de véritable tournant dans les relations
franco-africaines le jour où l’on ne verra plus ces «africaneries» lors des
visites du président ou des membres du gouvernement français.
On pourra parler de relations bilatérales équitables lorsque disparaîtront ces
cortèges artificiels de badauds, voire de fonctionnaires qu’on incite à
déserter le travail parce qu’un ministre ou le président français en personne
vient en visite. Ce jour-là, on pourra dire que les dirigeants africains ont
enfin compris que la souveraineté d’un Etat ne se brade pas de la sorte. Lequel
d’entre eux a-t-il déjà été accueilli à l’aéroport de Roissy ou d’Orly par un
cortège de Bretons ou de Savoyards exécutant leurs danses traditionnelles en
scandant son nom ?
Denis Dambré
27/07/2007
Source: http://saoti.over-blog.com/
08 juillet 2007
PATRICK LOZES L'HOMME QUI A CHANGE LA FRANCE
Je suis complètement scié à la lecture du titre de l'article qui suivra ces quelques lignes. "Patrick Lozes l'homme qui a changé la France". La recherche effrénée de reconnaissance est souvent plus fort qu'elle fait dire tout et n'importe quoi, mais avec ceci nous atteignons les profondeurs de la mégalomanie et du délire. l'auteur va jusqu'à faire une comparaison avec Martin Luther King, trouvant que Lozes est le Martin Luther King français. Certes il existe une tendance en France chez les noirs de se trouver ou de se reconnaitre en de grandes personnalités noires de l'histoire, mais franchir le pas comme vient de faire l'auteur (pas signé) de ce chiffon, c'est dire combien le besoin de reconnaissance est énorme.
Patrick Lozes, l'homme qui a changé la France. Mais en quoi l'a t-il donc changée ? En acceptant la présidence du CRAN, une secte contestée par les noirs eux-mêmes, car inféodée par les pouvoirs sionistes. Lozes aurait ainsi changé la France en démontrant une fois de plus le besoin irrépressible du pouvoir qui habite certains noirs de l'hexagone en quête de reconnaissance qui, pour ce faire, pactisent loyalement avec l'ennemi et à la fin se font jeter lorsqu'ils ne servent plus à grande chose. Il est peut-être grand temps de se pencher sur le cas de ces gourous noirs qui sortent de partout et nulle part en s'auto-déclarant Leader.
MATUMBA
Patrick Lozes, l'homme qui a changé la France
Des portes feuilles ministériels issus des minorités en France, c'est du jamais vu. Mais tout ceci n'est jamais le fruit du hasard surtout on s'imagine mal qu'un jour les minorités n'aient pas dans le futur au moins un seul porte feuille quelque soit le 1ier Ministre nommé. Mais cela, les noirs le doivent à un mouvement pour des révendications justes dont le nom de l'initiateur est maintenant connu. Patrick Lorès. Il n'est pas prétentieux de le comparer à un certains Martin Luther King.
Martin Luther King et Patrick Lozès ont 7 choses en commun ou 8.
1. Noirs, intellectuels et fondateurs de mouvements nationaux de droits civics à résonnance internationale.
2. Issus de famille aisée ( Martin Luther King n'était pas un éboueur ou fils d'éboueur)
3. Défendent la cause des minorités opprimées
4. Ne désavouent pas les blancs au contraire les associent au combat juste
5. Oeuvrent pour le changement radical des mentalités tant chez les noirs (complexe-fatalisme) que chez les blancs (préjugés)
6. Adeptes de la non-violence. Lozès est un grand orateur qui comme King maitrise bien ses dossiers
7.
Souvent pas très appréciés auprès de ses pairs (pauvreté
d'esprit-complexe), mais à l'aise face aux médias
(éloquence-décomplexion)
8. Enfin comme Dr. Martin Luther King, Lozès est arrivé en politique au hasard. En effet, c'est pharmacien. Dr. Lozès.
L'Homme
Installé
en France depuis 1979, Patrick Lozès devient tout d'abord pharmacien
puis rejoint l'UDF en 1988 et se lance dans la vie politique. Il est
ainsi candidat aux élections législatives de 2002 dans la 1e
circonscription de Paris. Engagé contre les discriminations, il fonde
le Centre d'action pour la promotion de la diversité en France, le
CAPDIV, en 2003. Mais Patrick Lozès est surtout connu comme le
fondateur et premier président du Installé en France depuis 1979,
Patrick Lozès devient tout d'abord pharmacien puis rejoint l'UDF en
1988 et se lance dans la vie politique. Il est ainsi candidat aux
élections législatives de 2002 dans la 1e circonscription de Paris.
Engagé contre les discriminations, il fonde le Centre d'action pour la
promotion de la diversité en France, le CAPDIV, en 2003.
Mais Patrick LozèsConseil représentatif des associations noires de France (CRAN) depuis 2005. Or, ce qui le pousse dans cet engagement n'est pas son propre parcours, mais bien plutôt le constat qu'il fait de la situation des Noirs en France.
En effet, Patrick Lozès ne rencontre aucune difficulté lorsqu'il arrive à Paris. Fils de l'élite coloniale du Dahomey, il fait partie d'une classe privilégiée. Son père a été sénateur puis ministre de la santé et des affaires étrangères du Bénin. Mais Patrick Lozès se bat pour les autres, pour que la communauté noire puisse trouver sa place en France, pays qu'il ne considère pas comme raciste mais discriminatoire.
Texte signé: rédaction. Source: Cité-U.info
05 juillet 2007
Petite leçon de français d’une sous-sous-chienne aux souchiens malentendants
Je n'ai pas résisté à l'envie de publier cette contribution plus que honorable de Houria qui, dans leur dernier élan de perversion de la vérité, cloue le becs aux philosophes et autres penseurs de la société française souchienne. Ramenant le problème qui mine la société française sous le plan de la sémantique ou devrais-je dire à leur déficit d'écoute, les défenseurs de la pensée blanche française se ruent sur la jeune "indigène" qui a eu le tort d'utiliser un mot pourtant prisé par ces derniers.
Petite leçon de français d’une sous-sous-chienne aux souchiens malentendants
Emanant de certains milieux réactionnaires bien
connus, une campagne de presse a pris pour cible notre porte parole
Houria Bouteldja. Ce qui lui est reproché ? Officiellement, l’usage
qu’elle a fait au cours d’une émission de télé du néologisme
« souchien », désignant de façon humoristique d’hypothétiques Français
de souche. En réalité, jouant sur une ridicule homophonie et prétendant
que la véritable signification de cette expression serait
« sous-chien », certains de ces écorchés vifs du drapeau, de droite
comme de gauche, ont trouvé là une occasion inespérée pour évacuer le
débat de fond : à savoir le développement d’une conception raciale de
l’identité française caractérisée notamment par l’expression « Français
de souche ». Une aubaine pour eux…La réaction d’Houria Bouteldja :
SOUCHE, subst. fém.
A. Usuel Base du tronc d’un arbre (ou d’un grand arbuste) prolongée par ses racines.
B. P. anal. De souche. D’origine. Français de souche.
C. Biologie Ensemble des individus de même espèce provenant d’un ancêtre unique.
SOUCHIEN, SOUCHIENNE, adj. et nom, de souche.
Néologisme, formé par des descendants d’immigrés post-coloniaux qui après avoir été désignés successivement par les expressions : « Français musulmans », « nord-africains », « immigrés », « deuxième, troisième… cent trente et unième génération », « issus de l’immigration maghrébine ou africaine » puis à nouveau « Français musulmans » et enfin « issus de la diversité » sans parler dans un registre moins soutenu par les « sidis », « bougnoules », « rats », « ratons », « crouilles », « melons », « bicots », « gris » ou encore l’intemporel « négros », ont constaté que ce raffinement dans la péjoration raciste dont ils sont l’objet trouve son optimum savant dans un autre néologisme, banalisé et valorisant lui : « Français de souche ». Cette dernière expression utilisée publiquement pour la première fois, semble-t-il, par un certain Jean-Marie Le Pen en 1979, institutionnalisée depuis par des chercheurs ou démographes de l’INED, mais repris aussi par tout un chacun, est censée désigner ceux qui, parce que blancs, sont considérés comme les authentiques et légitimes habitants de ce pays par opposition avec les descendants de colonisés, sans racine ni attaches particulières, qui de ce fait ne constitueraient eux qu’une variété aérienne, délétère et volatile de l’espèce humaine.
Ainsi l’adjectif « souchien » construit en toute francophonie à partir de « Français de souche » constitue une première contribution indigène à l’enrichissement de la langue que désormais doivent maîtriser ceux qui prétendent venir vivre au Paradis. Il permet de mettre en évidence le caractère inerte, pesant et figé de cette conception raciale des Français. Exactement comme a pu le faire l’humoriste Djamel Debouze avec son expression « Icissiens » (sans doute à partir du concept des « Gens d’Ici » cher au philosophe Alain Badiou) afin d’établir l’évidence de la légitimité pour tous à vivre dans ce pays à égalité de droit et de considération.
Evidemment « souchien » ne peut pas être confondu, comme le font volontairement certains philosophes médiatiques, journaux nationaux-républicains comme Marianne [1] ou autres officines laïco-intégristes comme Respublica [2]], à la trompe d’Eustache décidément bien emboutie, avec l’expression « sous-chiens », sinistre jeu de mot, révélateur tout à la fois de l’ état d’esprit de ceux qui prétendent l’avoir entendu autant que des méthodes malveillantes auxquelles ils ont recours puisque qu’ils tentent ensuite d’en attribuer la paternité au MIR. On ne sera pas étonné d’apprendre que parmi ces malentendants anti-indigènes qui assurent avoir compris « sous-chien » au lieu de « souchien » figure l’inénarrable Alain Finkielkraut [3]] dont tous les sonotones de la terre ne pourront jamais corriger l’oreille désespérément sélective. En terme clairs lui et tous ceux qui aujourd’hui poussent des cris d’orfraies ne s’indignent guère du traitement sémantique administré à leurs concitoyens basanés. En revanche, si la notion de « Français de souche », en 27 ans d’existence, n’a toujours pas heurté leurs oreilles délicates, c’est parce qu’elle traduit bien une certaine acception ethnique qu’ils se font de l’identité française. Celle-ci est une façon élégante de dire Français blanc. Ainsi pour tous, il est bien clair que Kanaks, Antillais et autres Réunionnais ne sauraient être qualifiés de « Français de souches ». Leurs ancêtres pourtant n’étaient-ils pas formellement Français il y a au moins deux siècles à un moment où ceux de Messieurs Sarkozy, Finkielkraut, Devedjian ou Gallo étaient encore sujets Ottoman, austro-hongrois ou italien ?
Le plus indécent dans cette histoire, c’est que parmi les véritables "sous-chiens" (parce que traités comme tels) vivant dans ce pays, figurent précisément les noirs, les arabes, les musulmans et autres métèques. On se souvient que le (très grand) contrebassiste américain Charles Mingus, qui était métis noir-chinois et identifié comme noir, très mobilisé sur la question du combat anti-raciste, avait intitulé son autobiographie "Beneath the Underdog" : "en-dessous du sous-chien" !
Houria Bouteldja
[1] Marianne n° 532, « Petite leçon de racisme », signé J.D.
[2] Le lettre de Respublica n° 550 [http://www.gaucherepublicaine.org/,article,1547,,,,,_Houria-Bouteldja-un-racisme-de-moins-en-moins-voile.htm
[3] Emission « Répliques » dans laquelle A. Finkielkraut affirme à F. Taddéi avoir entendu le tiret de « sous-chien »
[http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/
Source: les indigènes de la républiques
29 juin 2007
ETES-VOUS SÛRS D'ÊTRE FRANçAIS ?
De notre chère France, depuis l'avènement de Monsieur 53%, le sort des étrangers a été scellé. Celui qui a axé sa campagne sur l'identité nationale a aujourd'hui toute légitimité de pratiquer sa politique de ségrégation et de rejet de tout ce qui n'est pas "National" à son goût. Le texte que vous lirez ci-dessous vous dira si oui ou non, vous avez le droit de vous revendiquer Français.
Une remarque cependant, si on l'appliquait à tous, il n'est pas sûr que le président Français lui-même réussisse à échapper aux châtiments qu'il inflige aux Autres.
Les papiers de vos parents, s’il vous plaît !
par Anne Chemin, Le Monde du 31 mars 2007
Lorsque Nicolas Sarkozy relie identité nationale et immigration, lorsque les discours s’emballent et la méfiance affleure, plusieurs millions de Français pensent sans doute à l’histoire tourmentée de leur famille. Selon Guy Desplanques, chef du département de la démographie de l’Insee, environ 10 % des personnes qui naissent chaque année en France ont deux parents nés à l’étranger. Depuis les années 1960, ce chiffre a parfois varié - il atteignait 12 % à la fin des années 1970, il est tombé à 9 % en 2003 -, mais il permet de saisir l’ampleur de cette France venue d’ailleurs.
Pour certains, cette histoire d’immigration est encore fraîche. Pour d’autres, elle est plus lointaine, enfouie dans la mémoire d’une famille qui a préféré oublier l’épopée parfois douloureuse du franchissement des frontières. Elle surgit alors à la faveur d’un dérapage politique, d’un événement familial ou d’une simple démarche administrative. C’est ce qui est arrivé à Kristian Feigelson, sociologue, qui raconte avoir découvert, lors d’une demande de renouvellement de passeport, qu’il n’était pas un Français « aussi français que les autres ».
Pour obtenir une carte d’identité sécurisée ou un passeport électronique, l’administration refuse désormais de reproduire le document périmé, comme elle le faisait auparavant. Elle procède désormais à un « examen approfondi » de la situation du demandeur au regard de l’identité, mais surtout de la nationalité. Lorsque la copie intégrale d’acte de naissance indique que les deux parents sont nés à l’étranger, elle exige donc une « preuve » de la nationalité française. Certains acceptent volontiers de se plier à cette nouvelle exigence, d’autres s’en offusquent.
Face à cette demande, Kristian Feigelson a eu le sentiment d’appartenir à une « sous-catégorie de citoyens ». « Comme s’il y avait des vrais Français, dont les parents sont nés en France, et des faux, dont les parents sont nés à l’étranger. » « J’étais stupéfait, raconte-t-il. Je suis français, je suis né en France de parents français, je vis en France et je n’imaginais pas devoir un jour apporter la preuve de ma nationalité devant une administration. » Ce contre-temps administratif l’a replongé dans l’histoire de la famille Feigelson, qui a fui l’URSS dans les années 1930 pour rejoindre Berlin, puis Anvers et Paris. « Ils croyaient être en sécurité en France, mais, sous le régime de Vichy, ils ont été pourchassés comme juifs étrangers, raconte ce sociologue de la Sorbonne. En juillet 1942, ils ont échappé à la rafle du Vél’d’hiv grâce à un policier qui a prévenu la concierge. »
En demandant à Kristian Feigelson le certificat de naturalisation de son père, l’administration a réveillé une histoire douloureuse qui, malgré l’enracinement de la famille en France, n’est pas vraiment « passée ». « Sous le régime de Vichy, mon père a rejoint la Résistance et s’est engagé dans les chasseurs alpins, ce qui lui a valu la croix de guerre 1939-1945, poursuit-il. Une fois naturalisé, en 1946, il a souhaité reconstruire sa vie en s’intégrant à la société française. Il a fallu près de trente ans à cette société pour réexaminer ce passé, comme l’a noté l’historien américain Robert Paxton. Mon père, lui, n’a jamais pu nous en parler. »
« UN PEU PLUS COMPLIQUÉ POUR MOI »
Le temps a passé, les enfants ont grandi, mais l’inquiétude ne s’est pas totalement dissipée. Pour M. Feigelson, l’accès aux « papiers » et à la nationalité reste, aujourd’hui encore, une question sensible. « De 1930 à 1946, ma famille a vécu en France sans papiers, remarque-t-il. Ironie de l’histoire, les premiers documents officiels qu’ils ont obtenus sont des faux, délivrés en 1942 par la préfecture de Valence. Et ce sont des certificats de baptême établis par un pasteur protestant qui leur ont permis d’échapper à la déportation. »
Myriam Saïd fait, elle aussi, partie d’une famille qui a souvent traversé les frontières. Née à Paris, sa mère est partie vivre dans les années 1950 à Rabat, où elle a épousé un Marocain. Les mariages mixtes étaient encore rares, les obstacles administratifs fréquents, et la mère de Myriam a voulu devancer les difficultés que pourraient un jour rencontrer ses enfants. Aussi a-t-elle demandé au consulat de France, à Rabat, un certificat de nationalité au nom de chacun d’eux. « C’est un vieux papier qu’elle m’a donné lorsque j’avais 16 ans, sourit aujourd’hui Mme Saïd. Je le garde comme la prunelle de mes yeux car je sais que l’administration peut me le réclamer. »
Mme Saïd, qui est aujourd’hui modéliste à Paris, a grandi au Maroc, fait ses études en Belgique et aux Etats-Unis, puis travaillé en Italie, au Maroc et en France. Lorsqu’elle a voulu se faire établir un passeport électronique, la mairie du 9e arrondissement de Paris lui a demandé un certificat de nationalité. « Je ne m’en suis pas offusquée, car je suis habituée à ce que ce soit un peu plus compliqué pour moi que pour les autres, raconte-t-elle. J’ai un nom de famille qui ne vient pas d’ici et je sens bien qu’il y a des gens qui pensent que je ne suis pas aussi française que les autres. Mais ce n’est pas grave, l’avenir est au métissage ! » Myriam Saïd a aujourd’hui une fille de 8 ans, dont le père est turc. « Je vais faire comme ma mère, conclut-elle. Je vais lui demander un certificat de nationalité dès maintenant, pour qu’elle soit tranquille plus tard. »
Anne Chemin
De nouvelles règles pour déjouer les fraudes
Pour obtenir une carte d’identité ou un passeport, il ne suffit plus de produire un document périmé et de le faire renouveler automatiquement. Désormais, "les conditions de délivrance sont plus exigeantes et strictes en matière d’état civil et de nationalité", précise le ministère de l’intérieur : les demandeurs doivent fournir à l’administration la "preuve" de leur nationalité française.
Lorsque le demandeur est né en France et que l’un des deux parents l’est aussi, une copie intégrale d’acte de naissance obtenue à la mairie de son lieu de naissance suffit. Pour tous les autres, l’administration exige des justificatifs : décret de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, déclaration d’acquisition de la nationalité, certificat de nationalité française.
Ces nouvelles règles sont destinées à renforcer la sécurité des titres et à déjouer les fraudes. En vertu d’un règlement européen de 2004, les pays membres de l’UE sont ainsi obligés de délivrer à leurs ressortissants des passeports "électroniques" : ces nouveaux documents contiennent un composant électronique - une puce sans contact - qui intègre les informations figurant sur la page deux du passeport - le nom, la date et le lieu de naissance, le sexe, la couleur des yeux, la taille, la nationalité, le domicile, la date de délivrance et le numéro du titre - ainsi qu’une photo numérisée du titulaire.
Depuis la délivrance du premier passeport électronique, le 26 avril 2006, plus de deux millions de documents ont été émis. La production est centralisée et les passeports ne sont plus adressés par courrier au domicile. Dans deux ans, le passeport électronique sera remplacé par le passeport biométrique : aux yeux du ministère, ce document sera plus sûr encore puisqu’il comprendra, en plus de la puce sans contact, les empreintes digitales des deux index. Tous les pays européens devront être équipés de ces nouveaux passeports d’ici au 28 juin 2009.
Anne Chemin
_______________________________
Etes-vous sûr d’être français ?
par Maurice T. Maschino [2], Le Monde diplomatique de juillet 2002 [extraits]
Au second tour de l’élection présidentielle [de 2002], les Français ont écarté, par 82,2 % des suffrages exprimés, M. Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national. [...] Certes, M. Le Pen était battu. Mais certaines de ses idées n’étaient-elles pas en application depuis une quinzaine d’années, comme en témoigne la course d’obstacles qui attend les pas tout-à-fait-Français qui cherchent à renouveler leurs papiers d’identité ?
Ennuyé, sans doute, d’avoir oublié sa carte d’identité dans la veste qu’il vient de donner à nettoyer, mais nullement inquiet, Jacques R. se rend à la préfecture pour obtenir un duplicata. Première surprise : on le prie de fournir tout document prouvant qu’il est français. Le lendemain, il apporte une liasse de « papiers » et, deuxième surprise, se les voit confisquer pour vérification. Il s’énerve - a-t-il une tête de faussaire ? - et assure qu’il a un besoin urgent de sa carte. On le rassure : il ne tardera pas à l’obtenir.
Trois mois plus tard, la veille de Noël, il reçoit en cadeau une assignation du procureur de la République : son père, affirme le magistrat, a bénéficié par erreur, en 1953, d’un décret de naturalisation. Né en France en 1954 d’un père désormais étranger, et n’ayant pas déclaré pendant sa minorité qu’il optait pour la nationalité française, son fils ne la possède pas. Une action est donc engagée pour le confirmer. Le tribunal d’instance ratifie les conclusions du procureur : Jacques R. n’est pas français.
Effondré, il ne comprend pas : il a toujours vécu en France, y a fait ses études, puis son service militaire, s’est marié avec une Française, gagne honorablement sa vie (il est commerçant), n’a jamais eu affaire à la police ni à la justice et a obtenu plusieurs fois, sans difficulté, le renouvellement de sa carte d’identité. Par chance, il peut prouver qu’il réside en France depuis plus de dix ans et a toujours été considéré comme français par les pouvoirs publics. Il peut donc bénéficier de la « possession d’état ». Deux ans plus tard, le tribunal en convient : à 43 ans, en 1997, Jacques R. devient français. Ce qui n’est pas qu’une clause de style : nés d’un père « étranger », ses enfants perdent à leur tour leur nationalité et, comme lui, doivent entreprendre des démarches pour se faire reconnaître la « possession d’état ».
Est-on français de parents dont la nationalité n’est ni contestée ni contestable, on n’est pas à l’abri, pour autant, d’un regard soupçonneux ni d’exigences extravagantes. A 65 ans, ex-directrice d’école, née en Algérie d’un père français - fonctionnaire « métropolitain » détaché au « gouvernement général » d’Alger -, Françoise B. sollicite une nouvelle carte d’identité. On lui demande de prouver qu’elle est française. Mais comment pourrait-elle ne pas l’être puisque, pendant plus de quarante ans, elle a été fonctionnaire titulaire de l’éducation nationale ? Qu’à cela ne tienne, son lieu de naissance laisse « présumer », lui répond-on, qu’elle pourrait être étrangère.
Comme l’est, à son insu, Lucienne G., 50 ans, avocate née à Strasbourg, installée à Paris et qui a plus d’une fois obtenu le renouvellement de sa carte d’identité. L’administration lui découvre tout à coup des arrière-grands-parents allemands - allemands malgré eux, puisque nés dans l’Alsace conquise et germanisée d’avant 1914. Comme Jacques R., elle sera reconnue française, quelques années plus tard, par « possession d’état ». Cas exceptionnels ? Nullement : si l’on remonte aux arrière-grands-parents, plus d’un tiers de la population française a des origines étrangères. Qui n’est pas né en France de parents français eux-mêmes nés en France risque, à un moment ou à un autre, de devoir prouver sa nationalité. Ou d’apprendre qu’il n’est pas français. « On est tous français à titre provisoire, déclare Me Gérard Tcholakian. Tout au long de notre existence, il peut arriver que le ministère public conteste notre nationalité. » Me Laurence Roques ajoute : « Dès que notre histoire comporte un élément d’extranéité, nous sommes suspects. Et condamnés, très souvent, à un parcours kafkaïen. »
Suspecte, par exemple, Michèle C., chef d’entreprise dans une grande ville du Sud-ouest. Elle est française, mais elle est née à Tunis. Sa mère est française, mais elle est, elle aussi, née à Tunis. Le père de sa mère est français par son père, mais ce père-là - l’arrière-grand-père de Michèle C. - est né en Corse. Des Barbaresques plus des Corsaires : c’en est trop pour l’administration, qui exige, pour tous ces possibles fraudeurs, des actes de naissance intégraux. Ajaccio réagit assez vite - deux mois après. Mais Nantes, où sont transcrits les actes de naissance des Français nés à l’étranger, ne retrouve pas trace de la mère de Michèle. Un an plus tard, il la retrouve. Mais, entre-temps, l’acte de naissance de l’arrière-grand-père a cessé d’être valable. Nouvelle demande... 1995-1998 : Michèle C., qui avait perdu carte d’identité et passeport, a dû attendre trois ans pour en obtenir de nouveaux. Ce qui a singulièrement compliqué sa vie professionnelle : elle ne pouvait ni voyager ni prouver son identité.
Quels que soient sa position sociale, son titre, éventuellement son grade ou ses mérites, personne n’est à l’abri d’une exigence inquisitoriale : « J’ai eu comme clients trois généraux : militaires de carrière, leurs pères avaient servi à l’étranger, où ils étaient nés », dit Me Alain Mikowski. Quant aux soldats français d’origine africaine ou maghrébine qui se sont battus dans l’armée de la République, ils ont perdu en 1993 une nationalité qu’ils détenaient depuis vingt ou trente ans. Depuis, ils perçoivent une retraite de mercenaires étrangers - nettement plus réduite.
Pourtant, rien, dans le code de la nationalité, intégré en 1993 dans le code civil, ne justifie les caprices et les bassesses de l’administration. S’il a subi de nombreuses retouches depuis un siècle, les principes auxquels il se réfère - le droit du sol, le droit du sang - n’ont jamais été remis en question : est français l’enfant dont l’un des parents est français, ou, à 18 ans, l’enfant né en France de parents étrangers. Sans parler, naturellement, de ceux qui deviennent français - par déclaration, naturalisation, réintégration.
Plus ouvert que d’autres, le code de la nationalité comporte pourtant de nombreux « angles morts », estime M. Jean-Michel Bélorgey, conseiller d’Etat. « Il est allergique à la prise en compte de situations anomiques. Le législateur est en permanence en train de composer et, pour ne choquer ni les hommes de liberté, qui ne sont pas les plus nombreux, ni les majorités silencieuses ou xénophobes, il fait des textes à trous, qui laissent de larges marges aux services et à leurs préventions viscérales. Cela conduit à toutes ces alchimies qui se passent dans les mairies et aux guichets. Il n’y a jamais de vraie régulation au sommet. »
Choix politique
Il arrive même que le sommet disjoncte et, par voie de circulaires internes, prenne des dispositions contraires à la lettre ou à l’esprit de la loi. C’est affaire de contexte historique, politique - et de capacité à raison garder. Craignant, depuis des décennies, que la France ne soit submergée par des « hordes » venues du tiers-monde, le législateur paraît atteint de paranoïa galopante et, se croyant entouré d’ennemis, exige de ses nationaux qu’ils montrent patte blanche : tout Français est peut-être un étranger qui s’ignore ou se cache.
Déjà, en 1985, dans un article publié à la « une » du Monde [3] et qui fit grand bruit, Jacques Laurent racontait à quelles tribulations il avait été contraint pour obtenir le renouvellement de sa carte d’identité. « Cela a fait scandale parce qu’il était connu, commente un haut fonctionnaire chargé de ces questions, mais cela durait depuis longtemps : à l’époque, il y avait déjà des milliers de Jacques Laurent. » Depuis 1995, et l’institution de la carte d’identité sécurisée, il y en a des centaines de milliers - et peut-être des millions. « Le climat actuel est à peu près le même qu’il y a trente ans, dit ce haut fonctionnaire. Pour déceler 1 % d’erreurs ou de fraudes, on empoisonne la vie de 99 % des citoyens. C’est de la folie ! Mais on n’en parle plus. Comme si l’inacceptable, avec le temps, était devenu normal. » [...]
Suspect d’être un étranger fraudeur ou un immigré clandestin, tout citoyen qui sollicite une nouvelle carte d’identité doit donc prouver qu’il est français. Comme si l’ancienne était un faux. « La carte sécurisée, c’est un choix politique, dit Me Tubiana. On demande un certificat de nationalité à des gens dont on peut parfaitement savoir, par les fichiers informatiques, qu’ils en sont au troisième ou quatrième renouvellement de leur carte d’identité. On est dans le domaine de la xénophobie pure. Qui renvoie à une conception exclusive (par opposition à inclusive) de la nationalité. »
Perspective raciste
Français par le droit du sol ? Oui. Mais par le sang, c’est mieux, et c’est aujourd’hui « la voie royale », dit Me Laurence Roques. « Parce que là, au moins, on est sûr : le sang ne ment pas ! » Mais dès qu’on entre dans cette logique - « dis-moi de quel sang tu es, qui est ton père, ton grand-père, dis-moi d’où tu viens » -, on se place dans une perspective raciste (comme en témoigne le programme de M. Jean-Marie Le Pen) : « On voit de plus en plus souvent apparaître des comportements que je n’hésite pas à qualifier de purificateurs de la "race" blanche, déclare Me Gérard Tcholakian. Il y a, dans certaines administrations qui traitent du contentieux de la nationalité, une volonté, consciente ou inconsciente, de protéger la "race". Il m’est arrivé de déposer plus d’une dizaine d’assignations de reconnaissance de nationalité pour de jeunes Africains dont le père, sans contestation possible, était français, et auxquels un tribunal d’instance refusait la délivrance d’un certificat de nationalité. C’est très courant. »
« On sacralise l’origine, dit M. Jean-Michel Bélorgey. Comme s’il y avait une essence de l’"être-français", qu’il faudrait protéger de toute souillure. » D’où cette suspicion qui frappe toute personne née à l’étranger ou de parents étrangers, d’où cette crainte obsessionnelle d’une « contamination », toujours possible, de la « race », cette exigence pathologique de documents qui attestent sa « pureté ».
Français de France ou d’ailleurs, tout citoyen ou presque se voit donc demander, lorsqu’il sollicite une carte d’identité (ou un passeport, s’il ne possède pas la carte sécurisée), un certificat de nationalité. Généralement, il ne le sait pas, il ne soupçonne même pas l’existence de ce certificat : hormis, dans les antennes de police, quelques panneaux souvent illisibles, toujours incompréhensibles et, tant il y a de monde, inaccessibles, aucune information n’est donnée spontanément ni ne circule ; les quelques brochures éditées par le ministère de la justice, ou les dépliants de la préfecture de police ont une existence quasi clandestine.
Nullement préparé à l’épreuve qui l’attend, le citoyen ne comprend donc pas ce qu’on lui demande, se le fait répéter par un fonctionnaire de plus en plus excédé, puis réalise, stupéfait, qu’on doute de sa nationalité, panique ou « s’encolère » : « J’ai vu arriver des dizaines de gens dans mon cabinet, de toutes origines sociales, parfaitement insérés et complètement bouleversés, dit Me Alain Mikowski. Ils se voyaient demander non seulement une quantité invraisemblable de documents, mais s’entendaient dire qu’ils n’étaient pas français. Ou, en tout cas, devaient le prouver. »
« Chaque fois, c’est un choc, confirme le responsable d’une antenne de police parisienne. Les gens ne comprennent pas. Habitués à recevoir sur-le-champ de nouveaux documents, ils se voient expédiés au tribunal d’instance. Et le tout au milieu d’un public impatient, énervé par l’attente, le bruit, les protestations d’un citoyen furieux, les cris d’un nourrisson que des parents veulent inscrire sur leur passeport... Non, l’extrait de naissance ne suffit pas, il faut présenter l’enfant, même si c’est un bébé... On nous prend pour d’horribles bureaucrates, mais nous travaillons, presque tous, dans des conditions épouvantables, qui feraient d’un ange un démon. »
L’antenne de police : un purgatoire, qui débouche moins sur le paradis que sur l’enfer. Refusé pour nationalité douteuse par des fonctionnaires tatillons sur ordre - « Depuis trois ans, déclare un responsable, on nous demande d’appliquer la réglementation de façon très stricte » -, le citoyen se rend donc au tribunal d’instance. Le plus souvent, il doit prendre rendez-vous pour obtenir la liste des pièces qu’exige la délivrance d’un certificat de nationalité.
Liste impressionnante, mais, comme l’indique celle que nous avons sous les yeux, « liste provisoire et qui peut être complétée après examen du dossier ». Provisoirement, donc, il est prié de fournir son acte de naissance, celui de son père, de sa mère, de ses grands-pères et grands-mères paternels et maternels, des arrière-grands-pères et arrière-grands-mères paternels et maternels, son livret de famille, celui des parents, beaux-parents, grands-parents, leurs actes de mariage, son livret militaire, des certificats de travail... « A un moment donné, dit Me Gérard Tchokalian, le tribunal d’instance de Toulon ne demandait pas moins d’une trentaine de documents pour délivrer un certificat de nationalité. »
Ces documents réunis, le citoyen prend rendez-vous au greffe pour déposer son dossier. Dès l’entrée, il est saisi : généralement, il n’y a pas de salle d’attente - dans le 18e arrondissement de Paris, quelques chaises sont disposées dans un étroit couloir, la plupart restent debout, parfois deux ou trois heures -, et l’accueil n’est pas individualisé. Derrière son guichet, l’agent examine le dossier, tout en faisant des observations ou en posant des questions que tout le monde peut entendre.
Viol légal de la vie privée : dans un tribunal de banlieue, un homme âgé explique que son grand-père est mort à Dachau et que ses papiers ont brûlé dans l’incendie du ghetto de Varsovie ; un autre, que ses beaux-parents, qui vivent dans un village perdu du Mali, ne peuvent se rendre à Bamako, à 500 km, pour photocopier leur livret de famille. Le guichetier ne sait quoi faire - formés sur le tas, beaucoup manquent de compétence, confondent Guinée-Conakry et Guinée-Bissau, l’ex-Congo belge et l’ex-Congo français... Perplexe, l’employé appelle la greffière en chef, absente, puis le service d’état civil à Nantes, qui ne répond pas. Finalement, il prend le dossier : « On verra... »
Peut-être l’homme attendra-t-il six mois - c’est fréquent - un récépissé de dépôt. Le temps que la greffière en chef examine les documents et délivre, éventuellement, le certificat de nationalité. Ou, hésitante, fasse suivre le dossier à la chancellerie. C’est la règle : à la moindre difficulté, les greffes, qui manquent de personnel et craignent la hiérarchie, soumettent les cas qui leur posent problème au ministère de la justice. Où une douzaine de fonctionnaires, non moins zélés ou frileux, demanderont au consulat de Ouagadougou, Pondichéry ou Rabat d’authentifier les extraits de naissance. Certains consulats ne réagissent pas, d’autres prennent leur temps - quelques mois, un an, deux ans.
Aucun délai légal n’est fixé pour la délivrance d’un document administratif. On l’attend parfois des années. Et comme, à la différence d’autres pays, telle la Grande-Bretagne, les fonctionnaires français avancent masqués, on ne peut jamais savoir qui s’occupe de son affaire, dans quel service elle est bloquée, ni pourquoi. Connaît-elle une issue négative, on peut faire appel devant le tribunal d’instance. Ou, si lui-même confirme la décision de la chancellerie, devant le tribunal de grande instance. Mais « comme tout le système français est fondé sur la suspicion, comme les textes sont toujours lus et interprétés au minimum » (Me Alain Mikowski), l’affaire n’est pas réglée pour autant : « Le parquet s’acharne, dit Me Michel Tubiana. Il m’est arrivé d’avoir des accrochages très violents avec des procureurs cyniques ou obtus. Ainsi, pour deux cas absolument identiques (deux frères à qui la chancellerie déniait la nationalité française), le même tribunal, à deux mois d’intervalle, a rendu deux jugements contradictoires. J’ai dû m’adresser à la cour d’appel. » De son côté, Me Alain Mikowski précise : « On perd 90 % des affaires. A Pontoise, le procureur n’assiste même pas à l’audience. A Evry non plus. Obtient-on un jugement favorable, le parquet fait appel. Et ne vous lâche pas. »
Il y a toujours des contradictions, sans doute, entre les histoires individuelles et les règles collectives. Mais le pouvoir les tend actuellement à l’extrême et durcit ses exigences de « normalité ». De conformité. Pris de crampes identitaires, il s’accroche à des mythes - mythe des origines, mythe de la « pureté » ethnique - et délire. Il sacralise la nation au moment où il abandonne une partie de ses pouvoirs à des instances étrangères, s’arc-boute à une définition étroite de l’appartenance nationale, quand la bi- ou la multi-appartenance sont de plus en plus fréquentes et revendiquées, n’admet qu’une seule dimension de l’individu, alors que de plus en plus se définissent autant, sinon davantage, par leur enracinement dans une région, leur adhésion à une religion, leurs engagements (politique, professionnel) européens.
L’Etat ne connaît que des Français - qu’il définit comme tels de la façon la plus arbitraire, la plus étroite possible -, quand ces Français « se sentent » tout autant, et sans états d’âme, corses ou bretons, déjà européens, et en même temps yougoslaves, algériens, portugais, maliens...
« Moisie », la France, comme le prétend un littérateur ? Certainement pas ; mais le pouvoir, sans conteste. Qui se calfeutre, sent le renfermé, et cultive le nombrilisme hexagonal. A la différence de ceux qui ont ouvert la France sur le monde et prôné des valeurs - liberté, égalité, fraternité - qui ont fait, un temps, sa grandeur. Loin d’exclure, les révolutionnaires de 1789 ont inclus dans la nation française tous ceux dont l’existence témoignait de leur attachement à ce pays et à ses idéaux.
Les chiens de garde de la « pureté » nationale feraient bien de méditer l’article 4 de la Constitution de 1793 : « Tout homme né et domicilié en France, âgé de 21 ans accomplis, tout étranger âgé de 21 ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout étranger, enfin, qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des droits de citoyen français. »
Maurice T. Maschino
Source: Ldh-toulon.
